Discours du Colonel Abdoulaye MAIGA Premier ministre p.i à l’ONU

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New York, le 24 septembre 2022
Monsieur le Président de l’Assemblée générale,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies,
Mesdames et Messieurs,
De prime à bord, je voudrais m’acquitter de l’agréable devoir de vous
adresser les chaleureuses salutations du peuple malien riche de sa diversité
culturelle, religieuse et ethnique, ainsi que celles de Son Excellence le Colonel
Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat.
M. le Président votre brillante élection à la présidence de cette 77ème
session de l’Assemblée générale et la fin des travaux de la 76ème session de
l’Assemblée générale brillamment conduits par votre prédécesseur S.E.M.
Abdullah SHAHID, de la République des Maldives, m’offrent l’heureuse occasion
d’adresser à Vos Excellences les chaleureuses félicitations de tout le Mali.
Enfin, permettez-moi de réitérer à notre Secrétaire général, M. António
GUTERRES, notre haute appréciation des efforts louables qu’il continue de
déployer pour la réalisation des nobles objectifs de notre Organisation
commune. Nous sommes convaincus que vous êtes un ami du Mali et du Sahel.

L’amitié reposant sur la sincérité, souffrez que je vous exprime mon profond
désaccord suite à votre récente sortie médiatique, au cours de laquelle vous
prenez position et vous vous exprimez sur l’affaire des 46 mercenaires
ivoiriens, qui est une affaire bilatérale et judiciaire, entre deux pays frères. C’est
évident, que la qualification judiciaire des infractions liées à cette affaire ne relève
pas des attributions du Secrétaire Général des Nations Unies. Au Mali, notre
administration ne travaille pas sur la base de l’oralité, ni des déclarations par voie de
presse, par conséquent, nous nous en tenons scrupuleusement à la Note Verbale de
la MINUSMA, référence : MINUSMA/PROT/NV/226/2022 du 22 Juillet 2022,
dans laquelle, il ressort clairement qu’il n’existe pas de liens entre les 46 mercenaires
et les Nations Unies. Les récentes synchronisations des actions et l’harmonisation
des éléments de langage consistant à faire passer le Mali de statut de victime à celui
de coupable dans cette affaire des mercenaires, sont sans effets.
Excellence M. le Secrétaire Général,
Votre position sur l’affaire des mercenaires a été suivie par certains
responsables d’Afrique de l’Ouest, donc c’est sous votre couvert, que nous leur
adresserons des messages.
A l’endroit du Président en exercice de la CEDEAO, M. Umaro Sissoco
Embalo qui affirme : « on vient de voir avant-hier, la déclaration du Secrétaire
Général des Nations Unies qui dit que ce ne sont pas des mercenaires. Moi à la place
des maliens, j’aurai relâché ces 49 soldats ».
Je voudrais très respectueusement signifier à ce dernier qu’il existe un principe
de subsidiarité, d’ailleurs aux contours flous, entre la CEDEAO et les Nations Unies
et non un principe de mimétisme. Egalement, il est important de lui préciser que le
Secrétaire Général des Nations Unies n’est pas un Chef d’Etat et le Président en
exercice de la CEDEAO n’est pas un fonctionnaire. Par conséquent, il serait indiqué
qu’il ne banalise pas la CEDEAO. Enfin, il est utile de rappeler, au Président en
exercice de la CEDEAO, qu’au Mali, les autorités n’interfèrent pas dans les dossiers
judiciaires et respectent l’indépendance de la Justice. Donc, nous n’avons pas
vocation à interpeller ou relâcher, ceci relève de la fonction judiciaire. Aussi, M.
Umaro Sissoco Embalo doit être conscient du fait qu’il est le dépositaire d’un lourd
héritage et de plusieurs sacrifices qui ont fait la renommée de cette Organisation. La
dynamique ayant fait la grandeur de la CEDEAO ne doit pas être brisée. Par ailleurs,
nous avons pris acte de la menace de sanctions proférée contre le Mali, et loin d’être
impressionné par des sanctions, je voudrais signaler au Président en exercice de la
CEDEAO, qu’à la fin de son mandat, les peuples ouest-africains le jugeront sur les
efforts qu’il a fournis pour améliorer les conditions de vie des populations et non des
show médiatiques servant des agendas étrangers.
A l’endroit de M. Bazoum, il remarquera que le Gouvernement de la
Transition n’a pour le moment jamais réagi à ses propos injurieux pour deux raisons
cumulatives. La première raison tient au respect de l’héritage laissé par nos ancêtres,
qui consiste à ne pas répondre aux injures par des injures. La seconde raison relève
de l’identité de M. Bazoum, l’étranger qui se réclame du Niger. Nous savons que le
peuple nigérien frère du Mali, se distingue par des valeurs sociétales, culturelles et
religieuses très riches. M. Bazoum n’est pas un nigérien, son comportement nous
réconforte totalement dans notre constat.
Excellence M. le Secrétaire Général, le Mali tirera toutes les conséquences de
droit de vos agissements.
Devant Dieu et en leur âme et conscience, nous demandons à ceux qui réfutent
notre version, d’indiquer s’ils accepteront que des militaires ayant dissimulé leurs identités, en mettant sur leurs passeports qu’ils sont peintres, maçons etc… avec des
armes, débarquent dans leur aéroport, sans que le pays de destination n’ait été au
préalable informé et dans le dessein funeste de déstabiliser ce pays. S’ils ne
l’acceptent pas, en tant qu’Etat, si cela n’est pas possible à Lisbonne ou ailleurs, le
Mali non plus ne l’acceptera pas en tant qu’Etat et ce ne sera pas non plus possible
à Bamako ou dans une autre localité malienne.
Monsieur le Président,
« Une nouvelle ère : des solutions porteuses de changement pour relever
des défis interdépendants » le thème de cette 77ème session ordinaire de
l’Assemblée générale suscitera l’espoir de meilleurs jours pour le Mali, à la
condition que le bilan sans complaisance de l’ancienne ère soit établi, que les
enseignements soient tirés et que des recommandations objectives soient
formulées. Une fois cette étape franchie, je ne doute pas, qu’à travers notre
action collective : nous réussirons à pacifier les multiples foyers de tension
dans le monde, mais aussi à promouvoir un développement harmonieux et
lutter efficacement contre les pandémies, la dégradation de l’environnement et
le réchauffement climatique, les inégalités, les politiques de domination et de
prédation de ressources.
Depuis le mois d’août 2020, le Mali se trouve dans un processus de
transition, qui prendra fin le 26 mars 2024, par le transfert de pouvoir aux
autorités élues. D’ici à cette échéance et conformément aux recommandations
des Assises nationales de la refondation, les autorités de la Transition se sont
engagées, dans deux chronogrammes convenus avec la CEDEAO (la
Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), à faire des réformes politiques et institutionnelles, avant d’organiser des élections, dont
l’objectif ultime est de refonder l’Etat malien, afin qu’il réponde aux aspirations
profondes et légitimes de notre peuple à la paix, à la sécurité, à la bonne
gouvernance, au développement et à la stabilité institutionnelle durable au
Mali.
Dans cette perspective, je suis heureux de souligner que certaines
avancées majeures ont déjà été réalisées, notamment la promulgation de la loi
électorale qui comprend entre autres la création de l’Autorité Indépendante de
Gestion des Elections (AIGE) dont l’installation est à un stade avancé, ainsi que
la mise en place d’une commission composée d’éminentes personnalités de
toutes les composantes de la société malienne, chargée de la rédaction de la
nouvelle constitution.
Monsieur le Président,
Sur un autre plan, peu de gens savent que le Mali est le seul pays au
monde dans lequel se superposent et se déroulent simultanément 4 types
d’insécurité : le terrorisme, les conflits communautaires manipulés par les
terroristes et leurs sponsors étatiques étrangers, la criminalité transnationale
organisée et les actions violentes d’individus isolés.
Parallèlement à ce processus de retour à l’ordre constitutionnel, le Mali
continue de mener une lutte sans merci contre les acteurs de l’insécurité, en
particulier les groupes extrémistes et qui sont responsables de toutes sortes
d’abus contre nos paisibles populations.
En ce qui concerne le Mali, je suis heureux et fier de vous annoncer que
les groupes terroristes ont été sérieusement affaiblis et la peur a même changé
de camp. Cependant, ces groupes criminels gardent encore et toujours une certaine capacité de nuisance, dans leurs tentatives désespérées de porter
atteinte à notre intégrité territoriale et de terroriser nos populations.
Les vaillantes Forces de Défense et de Sécurité du Mali restent
déterminées à faire face à toutes les menaces, d’où qu’elles viennent. Sous
l’impulsion de Son Excellence le Colonel Assimi GOITA, Président de la
Transition, Chef de l’Etat, le Gouvernement du Mali continue d’intensifier les
efforts importants pour recruter, former, équiper et renforcer les capacités
opérationnelles des Forces de Défense et de Sécurité maliennes. Je dois dire ici
que les actions offensives menées jusque-là ont permis à nos forces de
remporter des victoires décisives contre les forces obscurantistes. Elles ont
également permis à l’Etat de reprendre pied et de réaffirmer son autorité sur
une grande partie du territoire national, ainsi que de favoriser le retour de
plusieurs milliers de nos compatriotes dans leurs localités d’origine.
Cependant, nous savons que la solution uniquement militaire ou
sécuritaire a ses limites. C’est la raison pour laquelle, en appui à l’action
militaire, le Gouvernement du Mali s’est doté d’une stratégie globale et intégrée,
comprenant des mesures politiques, sociales, de développement, y compris la
fourniture des services sociaux de base à nos populations durement affectées
par la crise multiforme que nous traversons depuis janvier 2012, avec comme
objectif la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire
national.
Dans cette dynamique, le Gouvernement du Mali a approuvé le 24 août
dernier, la Stratégie nationale de Stabilisation des régions du Centre et son Plan d’actions 2022-2024. Cette stratégie traduit la volonté des autorités de la
Transition d’avoir une approche holistique de la stabilisation des régions du
Centre. Elle vise à faire du Centre une zone stable et prospère où les
communautés sont réconciliées et vivent en harmonie avec leurs voisins.
Parallèlement, la mise en œuvre diligente et intelligente de l’Accord pour la paix
et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, demeure une priorité
stratégique des autorités de la Transition, en tant qu’instrument pacifique de
résolution durable de la crise, que traverse le Mali dans sa partie Nord.
Je dois dire que je suis particulièrement heureux des conclusions de la
deuxième réunion de niveau décisionnel des parties à l’Accord, tenue à Bamako
du 1er au 05 août 2022. Cette importante réunion, qui a regroupé les parties
signataires et la Médiation internationale, a permis de lever certains obstacles
afin de relancer le processus de mise en œuvre de l’Accord.
Poursuivant cette dynamique positive et progressive du processus de
paix, la 6ème réunion de haut niveau du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) s’est
tenue à Bamako il y a à peine quelques semaines, le 02 septembre 2022. Cette
session du CSA est un signal fort de la volonté des parties à s’engager dans une
nouvelle dynamique en vue de parachever la mise en œuvre de l’Accord. Je
réaffirme ici notre attachement à ce processus dont la réussite demeure l’une
des conditions sine qua non de la stabilité durable du Mali.
C’est le lieu pour moi de saluer une fois de plus le rôle actif de l’Algérie et
l’accompagnement de l’équipe de médiation internationale. Je n’oublie pas ici la situation des réfugiés maliens dans les pays voisins, que je salue au passage pour leur hospitalité à l’égard des nôtres. Je n’oublie pas non
plus celle de nos compatriotes déplacés internes. Je veux les rassurer que le
Gouvernement du Mali reste très attentif à leur situation précaire et que tous
nos efforts visent à créer les conditions propices à leur retour dans la sécurité
et la dignité, en vue de leur participation effective, à la vie de la nation.
Monsieur le Président,
Dans sa difficile quête pour la paix, la stabilité et le développement durable, le
peuple malien reste reconnaissant des efforts et des sacrifices consentis par la
MINUSMA, de sa création en juillet 2013 à nos jours, visant à aider le Mali à
restaurer son autorité sur l’ensemble de son territoire.
C’est pourquoi, je tiens à rendre hommage, au nom du peuple et du
Gouvernement maliens, à la mémoire de toutes les victimes, maliennes comme
étrangères, civiles comme militaires, tombées sur le champ d’honneur au Mali.
Cela dit, il nous faut reconnaître que près de 10 ans après son
établissement, les objectifs pour lesquels la MINUSMA a été déployée au Mali
ne sont pas atteints. Et ce, en dépit des nombreuses résolutions du Conseil de
sécurité.
C’est pourquoi, le Gouvernement du Mali réitère sa demande, maintes fois
exprimée, d’un changement de paradigme, d’une adaptation de la MINUSMA à
l’environnement dans lequel elle est déployée et d’une meilleure articulation
de cette mission avec les autorités maliennes.

Dans cette perspective, il est extrêmement important pour la MINUSMA
de rester une force d’appui au Mali dans sa quête de stabilité. Le Gouvernement
du Mali dénonce les influences extérieures négatives et les tentatives
d’instrumentalisation de certaines entités légalement présentes au Mali, pour
servir des agendas cachés, y compris à travers l’exploitation de la question des
droits de l’homme aux fins de déstabilisation.
Monsieur le Président,
Le monde se souviendra qu’après avoir été abandonné en plein vol, le 10
juin 2021, par la France qui a décidé unilatéralement de retirer la force
Barkhane du Mali, mon pays a été ensuite poignardé dans le dos par les
autorités françaises. La précision est d’autant plus utile que nous refusons tout
amalgame avec le peuple français que nous respectons.
Les autorités françaises profondément anti-françaises pour avoir
renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage
humaniste des philosophes des lumières, se sont transformées en une
junte au service de l’obscurantisme.
Obscurantisme de la junte française nostalgique de pratique
néocoloniale, condescendante, paternaliste et revancharde, qui a commandité
et prémédité des sanctions inédites, illégales, illégitimes et inhumaines de la
CEDEAO et de l’UEMOA contre le Mali. Après plus de 10 ans d’insécurité ayant
fait des milliers de morts, autant de réfugiés et de déplacés internes, n’est-ce
pas un sacrilège de mettre une population malienne victime de l’insécurité dans
un pays enclavé sous embargo pendant 7 mois, en procédant à la fermeture des
frontières et la saisie des comptes financiers du Mali ?
Grâce à sa résilience et à la solidarité de pays amis et des peuples africains, le
Peuple malien a tenu et a déjoué les pronostics de ses adversaires.
Obscurantisme de la junte française qui s’est rendue coupable
d’instrumentalisation des différends ethniques, en oubliant si vite sa
responsabilité dans le génocide contre les Tutsis au Rwanda, coupable
également de tenter désespérément de diviser les maliens enfants d’une même
famille.
Enfin, obscurantisme de la junte française, qui a violé l’espace aérien
malien en y faisant voler des vecteurs aériens tels que des drones, des
hélicoptères militaires et des avions de chasse, plus d’une cinquantaine de fois,
en apportant des renseignements, des armes et munitions aux groupes
terroristes.
Afin de se donner une bonne conscience, la junte française accuse le Mali
de n’avoir pas été reconnaissant, en se gargarisant de la mort regrettable de 59
soldats français au Mali, lors de diverses opérations de lutte contre le
terrorisme. A cette triste accusation, nous rappelons que dans la majorité des
interventions d’officiels maliens et des cérémonies, nous rendons
systématiquement un hommage à l’ensemble des victimes de l’insécurité au
Mali sans distinction de nationalité, donc, y compris les 59 français décédés.
Aussi, nous les invitons à ne pas s’arrêter en si bon chemin et de remonter le
temps, en passant par leur intervention en Libye décriée par toute l’Afrique,
sans oublier la participation forcée des milliers d’Africains à la 1ère et la seconde
guerre mondiale, sans oublier la traite négrière qui explique l’essor
économique de beaucoup de pays. Combien d’Africains sont-ils morts pour la
France et le monde libre dans lequel nous sommes ?
Monsieur le Président,
Eu égard à la gravité des faits commis par la junte française, le Mali dans
sa lettre en date du 15 août 2022, a demandé la tenue d’une réunion d’urgence
du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette réunion a pour objet de
permettre au Mali de présenter les éléments de preuve en sa possession,
démontrant que l’armée française a agressé en de maintes reprises, mon pays,
en violant, de manière répétitive et fréquente l’espace aérien malien, sans
autorisation des autorités maliennes et parfois en falsifiant des documents de
vol.
Plus grave, Monsieur le Président, le Mali sera en mesure de prouver que
la junte française a fourni des renseignements et des armes à des groupes
terroristes.
Le Gouvernement du Mali s’interroge sur les raisons qui poussent cet Etat
membre permanent du Conseil de sécurité, de surcroît assurant la présidence
de cet organe, à faire obstacle au débat, en vue de la manifestation de la vérité.
Le monde doit être édifié sur les faits graves qui se sont déroulés au Mali et qui
sont à la base de l’aggravation de l’insécurité et de la déstabilisation du Mali et
du Sahel.
Par la saisine du Conseil de sécurité, le Gouvernement du Mali entend
mettre cet important organe, chargé à titre principal du maintien de la paix et
de la sécurité internationales, face à ses responsabilités et dénoncer les
agissements de la junte française contre mon pays. Ces actes hostiles sont
incompatibles avec la Charte des Nations Unies et son statut de membre
permanent.
Il y va de la crédibilité de notre mécanisme commun, de l’efficacité de la
lutte contre le Terrorisme, mais surtout, il y va de l’intégrité de l’Organisation
des Nations Unies qui repose entre autres sur le respect des engagements
internationaux, de la légalité internationale et de la Charte des Nations Unies.
M. le Président, il semble opportun pour le Mali de demander votre implication
personnelle auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies, afin que notre
demande aboutisse, pour que cesse la duplicité et la guerre par procuration
imposée à mon pays.
Monsieur le Président,
Dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, le
Gouvernement du Mali est fortement interpellé sur la question des droits de
l’homme. Je tiens à souligner que les droits de l’homme, constituent avant tout
des valeurs qu’incarne chaque malien. Aussi, le Gouvernement du Mali reste
déterminé à les respecter et à les faire respecter, conformément à sa politique
de tolérance zéro contre l’impunité. Et cela, par fidélité à nos valeurs
ancestrales inscrites dans la Charte de Kouroukanfouga proclamée en 1236 par
l’Empereur du Mali Soundiata KEITA. Le Mali, berceau de grandes civilisations,
héritier de grands empires, terre de brassage, d’hospitalité et de tolérance, fait
de la promotion et de la défense des droits de l’homme une priorité nationale.
C’est pourquoi, je réaffirme avec force que les opérations militaires des Forces
de défense et de sécurité du Mali sont conduites dans le strict respect des droits
de l’homme et du droit international humanitaire.
Cependant, comme je viens de le souligner, le Gouvernement du Mali
s’oppose avec véhémence à l’instrumentalisation de la question des droits de
l’homme à des fins politiques, de positionnement, voire de chantage ou
d’intimidation. De même, nous regrettons la sélectivité observée entre les
droits des populations dont des villages entiers sont massacrés et rasés qui ne
suscitent presque pas d’indignation particulière et la manipulation
communicationnelle faisant passer des terroristes neutralisés sur le champ de
bataille pour des civils innocents.
Monsieur le Président,
Pour terminer, je dirai que le peuple malien a décidé de prendre son
destin en mains. Il soutient pleinement le Gouvernement dans la Refondation
du Mali ainsi que le retour à un ordre constitutionnel apaisé et sécurisé en mars
2024, à l’issue d’élections libres, crédibles et transparentes.
La réalisation de ces vastes chantiers exige du Gouvernement de
poursuivre et d’intensifier les efforts en vue de l’amélioration continue de la
situation sécuritaire dans le pays et de la protection des personnes et de leurs
biens.
A cet égard, je me réjouis de la tenue à Lomé, le 06 septembre dernier, de
la 3ème réunion du Groupe de Suivi et de Soutien à la Transition. Les conclusions
de cette importante rencontre, notamment la reconnaissance des progrès
réalisés par la Transition et les appels lancés en faveur de la mobilisation de
tous les partenaires du Mali pour consolider leur appui politique, économique,
technique et financier à la République du Mali, ainsi que pour soutenir les
efforts des Autorités de transition du Mali en vue d’un retour harmonieux à
l’ordre constitutionnel.
Je voudrais rappeler que la Transition au Mali, résulte de plusieurs
années de dysfonctionnements de notre jeune démocratie, qui a engrangé
quelques résultats positifs. Malheureusement, à l’heure du bilan, les passifs
sont plus importants que les actifs, d’où la survenance de la Transition. Je saisis
cette opportunité qui m’est offerte pour remercier chaleureusement notre
respecté aîné, SE le Président Alassane Dramane Ouattara pour les sages et
éclairés conseils, qu’il nous a prodigués dans son allocution mémorable à cette
77ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Je voudrais le
rassurer que les Autorités de la Transition malienne, n’ont d’autres objectifs
que de faire des réformes politiques et institutionnelles, avant d’organiser des
élections, tout en luttant obstinément contre le terrorisme. Ces réformes
permettront d’améliorer la gouvernance et toutes les dispositions seront prises
pour que la démocratie malienne soit la plus enviée au monde.
Dans ce chantier, nous prêterons une attention particulière au 3ème
mandat qui ne sera pas possible. Pour un public moins averti, le 3ème mandat
consiste pour un Président de la République d’effectuer une manœuvre en 4
temps, en vue de conserver le pouvoir pour lui seul et son clan :
• Premier temps : Presqu’en fin de second mandat, donc en
principe, non rééligible, il s’agit pour le Président de la République
sortant, de déclencher une révision constitutionnelle de manière
non consensuelle ;
• Deuxième temps : au cours de cette révision constitutionnelle, le
Président de la République sortant modifiera quelques dispositions
constitutionnelles ;
• Troisième temps : une fois la nouvelle Constitution adoptée, sur
fond de crise politique naturellement, le Président sortant devient
candidat, en violation de la limitation du nombre de mandat à deux.
Sa candidature est alors justifiée par l’adoption de la nouvelle
constitution et le prétexte est tout trouvé : la limitation du nombre
de mandat à deux concernait l’ancienne constitution. Par
conséquent, il est candidat au regard de la nouvelle Constitution
adoptée.
• Quatrième temps : une farce électorale est organisée. Forcément,
il remporte les élections et s’en suit une chasse impitoyable aux
opposants politiques, dont certains sont arrêtés, d’autres s’exilent,
et d’autres assassinés. Les allégeances sont obtenues grâce au
pouvoir de l’argent, le clientélisme et les intimidations.
Dans un langage plus simplifié et en référence à une métaphore footballistique,
le 3ème mandat est une magie, c’est l’art de se dribbler soi-même tout en gardant
le ballon.
Excellence M. le Président Ouattara, vos conseils nous rappellent la triste
histoire du chameau qui se moque de la bosse du dromadaire.
Malgré les efforts tangibles de la Transition malienne dans la mise en
œuvre des chronogrammes des réformes politiques et institutionnelles et celui
des élections, salués par la communauté internationale, Mme la Ministre des
Affaires Etrangères de la Junte française, à qui le Mali n’a pourtant rien
demandé, a estimé qu’il n’y avait pas eu de progrès, oubliant que Nul ne peut
aimer le Mali, plus que les Maliens eux-mêmes. Sa position singulière et son
adversité ne nous surprennent guère. Victor Hugo dans Claude Gueux a classé
le genre humain en 2 catégories, en indiquant : « qu’il y a des hommes qui sont
fer et des hommes qui sont aimant » la Ministre dont il s’agit, malheureusement,
n’est ni fer, ni aimant, elle est hideusement sui generis.
Devant l’incertitude et les situations étrangères, le peuple malien adopte
une attitude prudente, c’est ce que l’écrivain et le sage Amadou Hampâté Ba,
met en relief, en conseillant dans l’étrange destin de Wangrin que : « Si
observer est une qualité, savoir se taire préserve de la calamité ». Mme le
Ministre de la junte française, le Mali vous conseille de vous contenter
d’observer sa situation.
C’est l’occasion pour moi de saluer les relations de coopération
exemplaire et fructueuse entre le Mali et la Russie, tout en réaffirmant que le
Mali reste ouvert à tous les partenaires qui souhaitent l’aider à relever les
multiples défis qui l’assaillent, dans le respect strict de sa souveraineté, de son
unité et de la dignité du peuple malien.
Le Mali rappelle que conformément à la Vision du Colonel Assimi GOÏTA
Président de la Transition, Chef de l’Etat, 3 principes guident l’action publique
nationale :
1. Le respect de la souveraineté du Mali ;
2. Le Respect des choix stratégiques et de partenaires opérés par le Mali ;
3. La prise en compte des intérêts vitaux du peuple malien dans les
décisions prises.
En application de ces principes, le Mali reste disposé à poursuivre et à
renforcer ses relations de bon voisinage avec l’ensemble des pays qui
l’entourent. De même, le Mali, fidèle à son engagement panafricain, continuera
à œuvrer au sein des organisations sous régionales et régionales pour la
réalisation de l’intégration africaine.
Egalement, l’atteinte des objectifs de la Transition, requiert
l’accompagnement de l’ensemble des partenaires du Mali, y compris les Nations
Unies. J’en appelle donc aux amis du Mali à rester mobilisés aux côtés du
Gouvernement en vue de l’aider à relever ensemble ces défis importants.
Pour la grande majorité des Etats du Monde, convaincus par le respect
mutuel et le partenariat gagnant-gagnant, je leur garantis que les portes du Mali
leur sont grandement ouvertes et les maliens les accueilleront les bras ouverts.
Pour la minorité qui serait tentée de ne pas respecter ces principes, nous
leur promettons qu’ils feront face à des millions de « Assimi Goïta », soucieux
de défendre leur honneur, leur dignité et leurs intérêts vitaux. Je terminerai, en
donnant deux conseils aux nostalgiques de la domination : ayez le sens de
l’empathie en « Traitant les autres comme vous voudrez être traité » ou en « Ne
faisant pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse ». Le second
conseil, revoyez vos copies, revoyez vos modèles, revoyez vos logiciels pour
intégrer le changement de mentalités et l’évolution du monde dans vos grilles
de lecture et d’analyse, sortez du passé colonial et entendez la colère, la
frustration, le rejet qui remontent des villes et campagnes africaines, des
populations africaines, et comprenez que ce mouvement est inexorable. Grâce
au principe de la multiplication fractale, vos intimidations et vos actions
subversives n’ont fait que grossir le rang des africains soucieux de préserver
leur dignité, s’ils n’étaient qu’une centaine aux indépendances, aujourd’hui,
nous sommes des millions et demain, tant que les paradigmes inégalitaires
demeureront, nous serons des milliards. Le Mali et son peuple ne seront pas
des spectateurs face aux assauts et l’adversité : pour chaque mot employé de
travers, nous réagirons par réciprocité, pour chaque balle tirée contre nous,
nous réagirons par réciprocité.
C’est à ce prix qu’une nouvelle ère sera une réalité, avec des solutions
porteuses de changement pour relever des défis interdépendants, avec des
Etats interdépendants et en valorisant l’Homme, sans distinction aucune,
notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion
politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de propriété,
de naissance ou de toute autre situation, tel que stipulé à l’Article 2 de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Que Dieu bénisse le Mali et préserve les Maliens, des forces
obscurantistes et destructrices du monde !
Que Dieu bénisse l’Afrique et préserve les africains des forces
obscurantistes et destructrices du monde !
Que Dieu bénisse le monde et préserve l’humanité entière des forces
obscurantistes et destructrices du monde !
Je vous remercie de votre très aimable attention.

Magazine du Mali

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